DxO PhotoLab Affinity : enfin un workflow photo crédible sans Adobe

Antony
Antony - Rédacteur en chef
11 min de lecture

DxO PhotoLab Affinity, le vrai sujet n’est pas qu’un bouton « Exporter vers Affinity » apparaisse dans DxO PhotoLab 10.1.

Le vrai sujet, c’est que le photographe qui veut sortir d’Adobe peut maintenant le faire sans accepter d’emblée un flux bricolé entre RAW, TIFF, PSD, fichiers aplatis et dossiers remplis de final_definitif_2_vraiment_bon.

Ce n’est pas la liberté absolue.

C’est mieux : une sortie qui commence à ressembler à un vrai choix professionnel.

dxo photolab affinity

Ce que PhotoLab 10.1 change, exactement

DxO PhotoLab 10.1 peut envoyer une image développée directement dans Affinity au format .af, le format de travail natif de l’application. L’export peut aussi intégrer l’original non traité dans un calque distinct. L’image corrigée quitte donc PhotoLab avec une base de référence exploitable, au lieu d’atterrir seule dans un TIFF orphelin dont personne ne sait plus vraiment d’où il vient.

La nuance compte, et elle mérite d’être dite sans emballage marketing : Affinity ne récupère pas votre RAW comme un négatif numérique encore réglable. Les corrections DeepPRIME, ClearView, optiques, colorimétriques et locales appliquées dans PhotoLab ont déjà été calculées dans l’image envoyée. Les curseurs DxO ne réapparaissent pas dans Affinity. Il n’y a pas d’édition RAW non destructive à deux sens.

Certains y verront une limite.

C’est surtout une clarification salutaire.

Arrêtons d’exiger un couteau suisse

Le logiciel photo universel est devenu une vieille religion. On lui demande de cataloguer dix ans d’archives, de développer les RAW, de détourer un sujet, de corriger une peau, de monter une double page, de produire une affiche, de préparer un export web et, pendant qu’on y est, de synchroniser le tout dans le cloud.

À force, on ne choisit plus un outil pour ce qu’il fait bien. On choisit une plateforme pour ne plus avoir à décider.

PhotoLab fait ce que DxO maîtrise depuis longtemps : traiter le fichier brut, corriger l’optique, extraire le détail, nettoyer le bruit, construire une base d’image solide. Affinity intervient ensuite lorsque la photographie doit devenir une fabrication : retouche pixel avancée, montage, masques complexes, ajout de texte, formes vectorielles, maquette ou sortie print.

Les deux logiciels ne se concurrencent pas.

Ils se passent le relais.

Et il était temps.

Le TIFF n’est pas mort. Il est devenu une dette.

On peut travailler en TIFF depuis toujours. Techniquement, personne ne vous en empêchait. Un TIFF 16 bits reste robuste, prévisible, largement compatible, parfois indispensable dans un environnement d’impression ou d’agence.

Le problème n’est pas le format.

Le problème, c’est ce qu’il vous oblige à faire autour.

J’ai vécu une version particulièrement absurde de ce piège sur une image destinée à une double page imprimée. Le RAW avait été développé, exporté en TIFF, retouché à coups de masques, de nettoyage, de recomposition et de corrections locales. La mise en page était verrouillée. Puis le client a demandé une balance des blancs légèrement moins chaude.

Rien de spectaculaire. Quelques centaines de kelvins, tout au plus.

Sauf que cette correction devait se faire au début de la chaîne. Dans le RAW. Et que le TIFF retouché était devenu un monde autonome. J’ai donc dû reprendre les interventions manuelles, vérifier les contours, corriger à nouveau les zones retouchées, contrôler l’équilibre avec la maquette et réexporter. Trois heures de travail pour une modification que le développement RAW aurait absorbée en vingt secondes.

Depuis, je me méfie des fichiers qui semblent finis.

Ils sont souvent seulement séparés de leur origine.

Le document .af généré par PhotoLab 10.1 ne résout pas tous les problèmes de versioning. Il ne rend pas les réglages DxO modifiables depuis Affinity et ne synchronise pas automatiquement les deux logiciels. Mais l’option qui ajoute l’original non traité sur un autre calque évite au moins de perdre complètement la trace matérielle de la source dans le document de travail. On peut comparer, masquer, reprendre visuellement une information, voire construire certains ajustements à partir de cette référence.

Ce n’est pas une révolution de laboratoire.

C’est un garde-fou. Les garde-fous ne font jamais rêver avant le jour où l’on en a besoin.

L’ennemi n’est pas Adobe. C’est l’inertie.

Écrire que PhotoLab et Affinity remplacent Adobe serait faux. Et franchement, trop facile.

Adobe reste difficile à contourner dès que le volume augmente, que la collaboration devient structurée ou que l’environnement impose ses standards. Lightroom Classic conserve une force redoutable pour les gros catalogues, le tri intensif, les métadonnées, les collections, les publications récurrentes et la continuité de travail. Photoshop reste une langue commune dans de nombreux studios, agences et chaînes de production. InDesign demeure, pour certains métiers, une évidence de mise en page.

Il faut être honnête : un photographe de presse qui ingère des milliers d’images par semaine, une agence qui travaille avec des PSD liés, ou un studio où plusieurs intervenants se transmettent les mêmes fichiers ne basculera pas vers PhotoLab et Affinity à cause d’un nouveau bouton.

Et ce n’est pas un échec.

Le duo DxO-Affinity vise surtout une autre population : le photographe indépendant, l’auteur, l’éditeur, le créateur visuel ou le petit studio qui veut maîtriser ses développements RAW et fabriquer des images complexes sans payer, tous les mois, une suite conçue pour des usages dont il n’a pas besoin.

Une photographe d’architecture me l’a résumé beaucoup plus sèchement que n’importe quel benchmark : elle conservait Creative Cloud « pour les deux fois par mois où un client voulait un montage propre ». Le reste du temps, elle développait ailleurs, triait ailleurs, archivaient ses fichiers ailleurs. Elle ne payait pas Photoshop pour Photoshop. Elle payait l’assurance de ne pas être bloquée.

C’est exactement ce que les abonnements savent monétiser : la peur du jour où il faudra sortir du système.

Affinity gratuit, oui. Indépendant, non.

L’argument économique devient sérieux parce qu’Affinity est accessible gratuitement avec un compte Canva, tandis que PhotoLab reste proposé sans abonnement et que la version 10.1 est gratuite pour les détenteurs de PhotoLab 10.

Mais il ne faut pas transformer cette phrase en slogan de libération.

Affinity est maintenant distribué dans l’écosystème Canva. Un compte Canva est requis pour l’utiliser et certaines fonctions, notamment liées à l’intelligence artificielle, relèvent des offres premium de Canva. L’utilisateur ne quitte donc pas tous les écosystèmes ; il troque surtout une relation de dépendance mensuelle contre une autre logique de plateforme, aujourd’hui bien plus accessible.

Est-ce un problème ?

Pas nécessairement. Refuser par principe un compte Canva alors que l’on utilise Google Photos, iCloud, Creative Cloud, Capture One Live ou un NAS connecté relève parfois de la posture. En revanche, ignorer cette dépendance serait naïf. Les conditions d’accès, les orientations du produit et la place future de l’IA générative restent, in fine, entre les mains de Canva.

La différence, aujourd’hui, est que le coût d’entrée est presque nul.

Et dans un marché dominé par la récurrence, cela suffit déjà à déplacer le rapport de force.

DxO PhotoLab Affinity : ce qui manque encore est plus important que ce qui arrive

PhotoLab 10.1 facilite le départ. Il ne boucle pas le voyage.

Le passage vers Affinity est essentiellement à sens unique : PhotoLab développe, Affinity transforme. C’est un début crédible, pas un système de production totalement intégré. Quand le fichier Affinity évolue, PhotoLab ne récupère pas automatiquement une version liée, ne gère pas une pile de dérivés éditoriaux et ne propose pas encore une vraie logique de suivi entre le projet RAW et ses variantes retouchées.

C’est ici que DxO doit éviter la tentation du gadget.

La prochaine étape utile ne serait pas de singer Photoshop ou Lightroom. Elle serait de créer une gestion sobre, presque invisible, des versions : un lien clair entre le RAW source, le projet PhotoLab, le document .af et les exports finaux. Pas de promesse absurde de curseurs universels. Pas de synchronisation magique. Une traçabilité. Juste une traçabilité propre, conçue pour que le photographe sache à tout moment d’où vient l’image qu’il livre.

C’est moins sexy qu’un filtre dopé à l’IA.

C’est cent fois plus professionnel.

DxO a par ailleurs indiqué que l’intégration avec Affinity devait s’étendre à d’autres produits de sa gamme, notamment Nik Collection, avec des améliorations autour du format .af annoncées avant la fin de l’année. Si cette trajectoire se confirme, l’intérêt du duo changera d’échelle : Nik Collection, historiquement très liée à Photoshop dans les usages, pourrait cesser d’être une raison de conserver une licence Adobe par défaut.

Une sortie, pas une religion

Le marché créatif a passé trop de temps à vendre des plateformes complètes. Les photographes ont surtout besoin d’un chemin compréhensible entre le RAW brut et l’image finie.

PhotoLab 10.1 ne révolutionne pas la photographie. Il enlève quelques barrières qui n’auraient jamais dû exister entre le développement et la création graphique. Son mérite n’est pas d’abolir Adobe ; son mérite est de rendre le départ techniquement moins risqué.

C’est une différence immense.

Parce qu’un abonnement n’est vraiment difficile à quitter que lorsque ses alternatives vous obligent à travailler moins bien. Avec DxO PhotoLab Affinity, ce n’est plus systématiquement le cas.

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Anthony n'est pas "passionné de photographie" comme on l'est de yoga ou de batch cooking. C'est un autodidacte qui a construit son œil en dehors des écoles, ce qui signifie qu'il a commis des erreurs que les formations évitent soigneusement d'enseigner et qu'il en a tiré une grammaire visuelle qui lui appartient vraiment. Sa signature tient en trois obsessions : compositions qui respirent, couleurs qui ne crient pas, textures qu'on a envie de toucher à travers l'écran. Sur Pixfan, il partage non pas pour "inspirer" (ce mot ne veut plus rien dire), mais pour montrer les coulisses sans filtre, les ratés, les objectifs vintage qui déçoivent, le workflow qui a failli le rendre fou avant de devenir une évidence.
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