Fin des reflex Pentax : la série K s’arrête, mais le reflex n’est pas encore mort

Antony
Antony - Rédacteur en chef
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Le 8 septembre 2026, Ricoh Imaging a annoncé l’arrêt de production de tous les reflex numériques Pentax de la série K actuelle. Le K-1 Mark II, lancé en 2018, quitte donc la scène avec le KF et les K-3 Mark III. Ce n’est pas la disparition de Pentax, ni même une renonciation officielle au reflex. C’est une coupure beaucoup plus étrange.

La nouvelle est passée vite, parce qu’elle semblait écrite d’avance. Pourtant, elle mérite mieux qu’un énième « le reflex est mort ». Ricoh ne ferme pas le chapitre en silence : le groupe annonce simultanément le développement d’une nouvelle série de reflex numériques, toujours bâtie autour de la monture K. Le problème tient dans les mots qui manquent : aucun boîtier, aucune fiche technique, aucun tarif et aucune date de sortie.

Voici les trois éléments les plus contre-intuitifs de cette annonce :

Ricoh arrête tous les reflex Pentax actuels tout en promettant de nouveaux reflex, pas des hybrides.

La monture K demeure le vrai actif de Pentax : elle relie un parc d’objectifs lancé en 1975 à un produit encore invisible.

Le marché du reflex s’effondre, mais la photographie sur boîtier dédié ne disparaît pas : ce sont les hybrides et les compacts qui captent désormais l’essentiel du rebond.

La série K s’arrête. Le réflexe Pentax reste annoncé

Le communiqué de Ricoh est précis sur un point : « nous arrêterons la production des appareils photo reflex numériques de la série K actuelle ». Cela concerne donc toute la gamme en cours, et pas seulement le plein format K-1 Mark II. À la fin de son cycle commercial, Pentax disposait encore du KF, du K-3 Mark III, du K-3 Mark III Monochrome et du K-1 Mark II.

Ricoh parle pourtant d’« une nouvelle série d’appareils photo reflex numériques basée sur un concept entièrement nouveau ». La formule peut laisser sceptique. Elle ne vaut pas feuille de route. Le constructeur dit lui-même que ces produits demanderont encore du temps avant de prendre forme, puis promettra des informations lorsque leur développement sera assez avancé.

Ce point change la lecture de l’événement. Pentax ne dit pas : « achetez notre futur hybride ». La marque maintient explicitement le terme DSLR. C’est un choix à rebours de Canon, Nikon et Sony, qui ont déplacé leur R&D grand public et professionnelle vers les boîtiers sans miroir depuis plusieurs années.

Il ne faut pas pour autant transformer une phrase de communiqué en lancement imminent. Un successeur non daté reste un projet. Pour un photographe qui doit acheter un système aujourd’hui, il n’existe aucun nouveau Pentax à comparer à un Canon EOS R, un Nikon Z ou un Fujifilm X. C’est la situation concrète.

Fin des reflex Pentax

La monture K vaut davantage qu’un ancien catalogue

La monture K est née chez Asahi Pentax en 1975. Cinquante et un ans plus tard, Ricoh en fait le centre de son argumentaire. Ce n’est pas un détail nostalgique. Une monture, c’est un parc optique, des habitudes de prise en main et une raison de ne pas remplacer en une fois tout son sac photo.

Le communiqué annonce que la future série exploitera l’héritage des objectifs K accumulé pendant plus d’un demi-siècle. Pour les propriétaires d’un 31 mm Limited, d’un 77 mm Limited ou d’un zoom DA récent, la conséquence est simple : l’arrêt du K-1 Mark II ne rend pas leur matériel inutile. Les boîtiers déjà en circulation continueront de photographier comme la veille, avec leurs batteries, leurs cartes mémoire et leurs optiques.

La prudence reste de mise sur la compatibilité exacte. Ricoh promet de s’appuyer sur la monture K, mais ne détaille ni le format du prochain capteur, ni le comportement avec les objectifs APS-C DA, ni les fonctions qui seront prises en charge avec les optiques plus anciennes. Une compatibilité mécanique ne garantit jamais, à elle seule, l’autofocus, la mesure de lumière ou toutes les corrections logicielles.

La bonne nouvelle concerne donc le présent. Un K-3 Mark III et un K-1 Mark II ne deviennent pas moins capables parce que leur production s’achève. La mauvaise concerne l’avenir : personne ne peut aujourd’hui planifier une montée en gamme Pentax autour d’un boîtier qui n’a ni nom ni calendrier.

Les chiffres expliquent la coupure

La CIPA, l’association japonaise qui publie les statistiques d’expédition de ses fabricants membres, a compté 690 911 reflex expédiés dans le monde en 2025. Le recul atteint 30,7 % par rapport aux 997 608 unités de 2024. Sur la même année, les hybrides ont représenté 6 311 054 boîtiers expédiés.

Le contraste est brutal. Les reflex ne représentent plus qu’une fraction du marché des appareils à objectifs interchangeables, tandis que les hybrides concentrent les nouveautés, la vidéo, les autofocus à détection de sujet et les objectifs récents. Au premier semestre 2026, les expéditions de reflex ont encore reculé d’environ 37 % en volume et de 35 % en valeur sur un an, d’après les données CIPA analysées par CineD.

Dans ce contexte, maintenir quatre références reflex très différentes coûte cher. Il faut conserver des chaînes d’approvisionnement, produire des pièces spécifiques et assurer le support d’une plateforme alors que les volumes diminuent. Pentax pouvait défendre une approche singulière. Pentax ne pouvait pas ignorer les volumes indéfiniment.

La disparition de la série K actuelle ne signifie donc pas que chaque photographe doit revendre son reflex. Elle met fin à une logique de renouvellement tranquille. Pour la photo de paysage, le portrait ou le reportage posé, un bon reflex reste un excellent appareil. Pour l’animalier, le sport et la vidéo, les hybrides ont pris une avance pratique : rafales, suivi du sujet dans le viseur et détection de l’œil ont changé les attentes sur le terrain.

Ce qu’il faut faire avec son Pentax

Si vous possédez déjà un Pentax K, ne vous précipitez pas. Vérifiez d’abord l’état de votre parc : batterie de secours, obturateur, disponibilité des pièces d’usure et objectifs que vous utilisez réellement. Un boîtier entretenu peut servir longtemps, surtout si votre pratique ne dépend pas des fonctions de suivi les plus récentes.

Si vous envisagez un achat neuf, distinguez deux cas. Le KF ou le K-1 Mark II en fin de stock peut avoir du sens à un prix nettement abaissé si vous possédez déjà plusieurs optiques K et que votre besoin est défini. Acheter au prix fort en pariant sur une nouvelle gamme non annoncée est plus difficile à justifier.

Le piège serait de confondre attachement à une marque et stratégie d’équipement. Pentax reste une histoire de boîtiers compacts, d’optiques Limited et de photographes qui aiment la visée optique. Mais une monture se choisit aussi pour ses perspectives : disponibilité des boîtiers, accessoires, réparations et objectifs futurs.

Ricoh a choisi de préserver le symbole du reflex alors que le marché a choisi l’hybride. Le prochain appareil dira si cette décision relève d’une idée forte ou d’un dernier geste adressé aux fidèles.

En attendant, le terrain ne change pas : les images comptent plus que l’étiquette apposée sur le prisme. Prenez les dernières annonces comme une occasion de clarifier votre pratique, pas comme un ordre de remplacer votre matériel.

Si Ricoh lançait demain un reflex K réellement nouveau, quelle fonction devrait-il offrir pour vous convaincre de rester sur la monture Pentax ?

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Anthony n'est pas "passionné de photographie" comme on l'est de yoga ou de batch cooking. C'est un autodidacte qui a construit son œil en dehors des écoles, ce qui signifie qu'il a commis des erreurs que les formations évitent soigneusement d'enseigner et qu'il en a tiré une grammaire visuelle qui lui appartient vraiment. Sa signature tient en trois obsessions : compositions qui respirent, couleurs qui ne crient pas, textures qu'on a envie de toucher à travers l'écran. Sur Pixfan, il partage non pas pour "inspirer" (ce mot ne veut plus rien dire), mais pour montrer les coulisses sans filtre, les ratés, les objectifs vintage qui déçoivent, le workflow qui a failli le rendre fou avant de devenir une évidence.
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